Un bien inscrit à l’actif d’une entreprise ne conserve pas sa valeur initiale au fil des années. La législation fiscale impose pourtant que certaines immobilisations ne puissent pas être amorties, tandis que d’autres bénéficient d’un traitement préférentiel.
Les règles d’amortissement diffèrent selon le mode de calcul et le type de bien concerné. Un même actif peut donner lieu à un amortissement comptable et à un amortissement fiscal, qui ne coïncident pas toujours. Les choix opérés influencent directement le résultat imposable et la gestion financière de l’entreprise.
L’amortissement, un outil clé pour comprendre la valeur des biens dans le temps
L’amortissement, ce n’est pas un simple jeu d’écritures : il permet à l’entreprise d’enregistrer, année après année, la perte de valeur de ses immobilisations. L’idée ? Répartir le coût d’un actif immobilisé sur sa durée normale d’utilisation. Ordinateur, bâtiment, machine-outil : chaque bien voit sa valeur décroître, frappé par l’usure, la technologie qui avance, ou tout simplement l’obsolescence.
Plusieurs grandes catégories d’immobilisations sont concernées. Voici lesquelles :
- Immobilisations corporelles : matériel, mobilier, immobilier
- Immobilisations incorporelles : brevets, licences, logiciels
- Immobilisations financières : titres de participation, prêts
Le mode d’amortissement choisi dépend de la nature du bien comme de sa durée d’utilisation prévue. Dès la mise en service, l’entreprise commence à amortir, c’est-à-dire à inscrire la perte de valeur au bilan et à enregistrer une dotation aux amortissements dans le compte de résultat. L’objectif : rendre compte objectivement de la consommation des avantages économiques fournis par le bien immobilisé.
Pour être amortissable, un actif doit être clairement identifiable, utilisé durablement, et servir l’activité. La durée d’amortissement varie grandement : comptez cinq ans pour du matériel informatique, parfois trente pour un immeuble. L’enjeu ? Montrer la véritable valeur du patrimoine, sécuriser la gestion des investissements, et justifier la déductibilité des charges face au fisc.
La clôture de chaque exercice comptable rythme les amortissements. Un suivi attentif des immobilisations garantit la transparence, aussi bien en interne qu’auprès des partenaires et de l’administration.
Fiscalité et comptabilité : quelles différences autour de l’amortissement ?
Dans les faits, l’amortissement ne recouvre pas exactement la même signification selon qu’on parle comptabilité ou fiscalité. Le Plan Comptable Général et le Code de commerce fixent la règle : chaque entreprise doit constater une dotation aux amortissements qui reflète l’utilisation réelle de ses actifs, en tenant compte de la durée d’utilisation estimée et de la base amortissable. Cette charge figure dans le compte de résultat et vient diminuer le résultat comptable.
Côté fiscalité, le paysage se complexifie. L’administration autorise voire impose certains dispositifs :
- Amortissements dérogatoires
- Amortissements exceptionnels
- Suramortissement pour des investissements précis (voir BOI-BIC-AMT).
Conséquence directe : il arrive qu’une entreprise constate, pour la même période, des montants d’amortissement différents selon qu’elle applique la logique comptable ou fiscale. Ce décalage crée un écart entre résultat comptable et résultat fiscal, tous deux soumis à l’IS.
Le régime d’amortissement fiscal varie selon la nature des biens, leur usage, le secteur (SCI, LMNP, LMP) ou encore certains dispositifs comme la loi Macron. À surveiller tout particulièrement : l’amortissement dérogatoire, qui permet d’accélérer l’amortissement fiscal par rapport au rythme comptable, générant ainsi une charge déductible supplémentaire mais temporaire.
Tirer parti de ces subtilités requiert d’élaborer un plan d’amortissement cohérent avec la politique d’investissement, tout en anticipant les effets sur la base imposable. Gérer les amortissements dérogatoires, c’est choisir en permanence entre optimisation fiscale et sincérité des comptes.
Comment choisir entre amortissement linéaire et dégressif ?
Choisir sa méthode d’amortissement ne relève pas d’une simple formalité. Deux grandes voies s’offrent à l’entreprise : l’amortissement linéaire ou l’amortissement dégressif. Chacune répond à une logique bien particulière.
La méthode linéaire concerne la plupart des immobilisations corporelles. Elle a le mérite de la clarté : la dotation aux amortissements reste identique chaque année, tout au long de la durée d’utilisation prévue pour l’actif. Cette approche facilite la gestion et stabilise le résultat comptable. Pour les actifs dont l’usure ou l’obsolescence évoluent de façon régulière (mobilier, bâtiment), elle s’impose souvent d’elle-même.
La méthode dégressive, en revanche, cible les actifs techniques dont la valeur chute rapidement après la mise en service. Pensez aux machines de production, au matériel informatique, aux véhicules utilitaires : le taux d’amortissement dégressif permet de passer une charge nettement plus forte les premières années, puis de la voir diminuer. L’intérêt ? Booster la déduction fiscale et coller au plus près à la réalité de l’usure ou du risque de renouvellement rapide.
Le choix dépend du rythme de consommation de l’actif, du contexte de l’entreprise et parfois d’opportunités réglementaires. Il faut tenir compte de la durée d’amortissement, du taux, des évolutions technologiques ou encore des projets de cession. Un cabinet d’expertise comptable saura affiner ce diagnostic en fonction du plan d’amortissement et de la stratégie retenue pour le résultat fiscal.
Exemples concrets de calculs pour mieux visualiser l’amortissement
Pour passer de la théorie à la réalité, rien ne vaut un calcul d’amortissement appliqué à un cas courant. Imaginons un matériel informatique acheté 6 000 euros, sans valeur résiduelle, pour une durée d’amortissement de 3 ans. La base amortissable s’élève donc à 6 000 euros. En mode linéaire, le calcul est limpide : 6 000 ÷ 3 = 2 000 euros par an, chaque année. Cette charge s’inscrit dans le compte de résultat et vient réduire le résultat comptable de l’exercice.
- Année 1 : 2 000 €
- Année 2 : 2 000 €
- Année 3 : 2 000 €
Avec la méthode dégressive, le calcul évolue. Le taux d’amortissement dégressif, défini par les règles fiscales, atteint 1,25 fois le taux linéaire pour une durée de 3 ans, soit 41,67 %.
| Année | Amortissement annuel | Valeur nette comptable |
|---|---|---|
| 1 | 6 000 × 41,67 % = 2 500 € | 3 500 € |
| 2 | 3 500 × 41,67 % ≈ 1 458 € | 2 042 € |
| 3 | 2 042 € (tout le solde) | 0 € |
La dotation aux amortissements pèse directement sur la fiscalité de l’entreprise, réduisant d’autant la base imposable à l’IS. Pour des actifs plus spécifiques comme les brevets, logiciels ou fonds de commerce, il faudra ajuster la méthode et la durée, en s’appuyant sur la durée d’utilisation prévue et les pratiques du secteur.
Maîtriser l’amortissement, c’est tenir le fil de la valeur réelle des biens et piloter avec justesse la trajectoire financière de l’entreprise. Les chiffres, eux, ne mentent jamais longtemps.


